26″, vous vous souvenez à quoi ça correspond ? Non ce n’est pas la largeur de votre cintre… Ni un standard d’axe de VTT. Si vous ne vous souvenez plus de ce qu’est un 26″, alors cet article est fait pour vous !

Entre la vie et la mort

L’histoire de ce vélo commence l’été dernier lorsque je reçois un message d’un ami qui à l’habitude de faire les encombrants :

J’ai laissé trois vélos dans ton garage. Avec tu en fais deux, un pour moi et un pour toi. Tu verras il y en a un qui a juste besoin d’un dérailleur arrière.

Je me retrouve donc avec deux Vitamin’R, et un vtt non identifié  avec « juste un dérailleur arrière à changer ». Très clairement les deux Vitamin’R ne m’intéressaient pas du tout. Par contre le troisième vélo n’était pas si mal équipé : tout deore, une fourche bleue (Rockshox ?) qui fonctionnait pas si mal, des sections de tubes travaillées, et surtout des inscriptions « Marin » un peu partout, marque que j’avais déjà croisée à l’Eurobike, et dont les anciens modèles qui étaient exposés avaient attiré mon regard à l’Eurobike. 

Par contre le diagnostique initial était largement erroné. Effectivement, le vélo avait besoin d’un dérailleur arrière…mais pas seulement. La majeure partie des pièces étaient déjà extrêmement usées, comme pouvaient en témoigner les dents des plateaux, aptes à vous déchiqueter les jambes. Et le dérailleur ne s’était pas détruit de manière autonome, il a visiblement été victime d’une lourde chute entraînant aussi la casse du shifter, ainsi que de dégâts légers sur d’autres composants, ce qui a du finir de convaincre le propriétaire de jeter le vélo.

Quelques heures de travail plus tard, le vélo roule à nouveau. Le pédalier deore a été changé par un pédalier qui n’a visiblement pas mérité de recevoir un nom, les dérailleurs sont changés et le vélo est prêt à prendre la poussière dans le garage.

L’histoire aurait pu s’arrêter là si ma compagne n’avait pas pris ses aises sur mon carbone,  qu’elle a maintenant l’habitude d’utiliser à chaque fois qu’on part ensemble à vélo, me laissant donc sans autre solution que de sortir le Marin pour la suivre en forêt. C’est à ce moment que je me suis rendu compte du potentiel de ce vélo : la fourche travaille bien (ce qui est miraculeux vu l’âge et l’état de la pièce), le cadre est assez rigide et confortable, bien qu’un peu grand, et surtout ces petites roues de 26″ me rappelle un Modest SL extrêmement joueur que j’avais eu plaisir à manier dans les single. Alors c’est décidé, ce Marin va avoir droit à une seconde jeunesse.

Le projet

A l’origine je pensais faire avec les moyens du bord. Faire les fonds de tiroirs, régler la chose au poil, et ça irait. Puis l’avantage lorsqu’on travaille sur un standard dépassé, c’est que tout le monde veut se débarrasser d’une pièce en 26″ qui moisit au fond d’un atelier, donc on amasse assez vite des pièces de qualité, pour trois fois rien. Là où je souhaitais faire un effort, c’était sur la peinture. Le cadre est brut, donc pas besoin de poncer. Et puis il me reste ce vieux pot de peinture bleue bi-composant. Un vernis par dessus et quelques stickers puis on en parle plus.

Vu que le cadre ne vaut plus rien, c’est aussi l’occasion de tenter certaines expériences. Je décide donc de faire passer toutes les gaines à l’intérieur. C’est parti pour perceuse et dremel. Je poserai par la suite les caches en plastiques que j’ai dans un tiroir.

Pour les roues, je veux du tubeless. C’est beaucoup plus agréable, et au revoir les crevaisons. Par contre pour trouver des jantes 26″ tubeless v-brake….bon courage…

La fourche on verra, celle d’origine travaille bien et fera l’affaire. Entre temps on me passera une SId 1998 qui fuit dans tous les sens, et finalement une Reba SL à disques qui fonctionne comme un charme.

La peinture

Le problème avec le vernis en bombe, c’est que j’en ai déjà acheté un paquet, ça coûte cher, ça se bouche vite et ça fait un travail dégueulasse, donc pourquoi pas passer à la vitesse supérieure ? Banco ! J’achète donc un compresseur, un pistolet à peinture, et tout le nécessaire. J’apprête le cadre à la bombe, fait la couleur au pinceau et vernis au pistolet. Sauf que ces trois étapes ont été un carnage. L’apprêt avait une adhérence plus que douteuse, et la peinture était particulièrement irrégulière du fait de l’application au pinceau. Pour ce qui est du vernis…bien c’est un métier, et partant d’une base aussi mauvaise, impossible de faire un bon travail. Donc vernis irrégulier et coulures multiples. Cependant le résultat sur d’autres pièces martyres a été très satisfaisant pour le vernis, alors je m’accroche.

Donc machine arrière, et je me retrouve avec un cadre à poncer … Heureusement la couleur part très facilement… là où passe la lame du cutter…  Reste toutes les soudures et autres endroits inaccessibles. Donc achat d’un pistolet de sablage… Et trois semaines plus tard le cadre est à nouveau prêt à peindre. J’ai acheté un pistolet pour l’apprêt, et j’ai commandé la couleur sur peinturevoiture, qui fournit entre autres des professionnels de la peinture vélo, et dont les nombreuses aides m’ont permis d’arriver à un résultat plus qu’acceptable.

Apprêt ok, couleur ok, vernis presque bon. Je tente de rattraper une coulure sur une base, opération réussie. Le lendemain je tente de rattraper d’autres coulures, mais je me trompe dans le dosage du vernis et massacre tout le cadre… Donc tout est à recommencer. Je ponce le cadre dans la journée jusqu’à l’apprêt. Le lendemain couleur plus vernis, je poserai les stickers par-dessus. Couleur ok, et vernis satisfaisant. Il reste quelques endroits où il y a de la peau d’orange, mais ce n’est pas choquant, on en restera là. Je finis enfin par poser les stickers de chez Obostickers, et le cadre est enfin prêt !

 

Le double est-il vraiment mort ?

Vu les frais engagés pour la peinture (environ 1500€ de matériel quand même…), il n’y a plus de raisons de conserver un groupe du fond des âges. Je souhaite cependant rester dans l’idée de limiter au maximum le budget, et je me souviens alors que suite à une erreur de commande, j’ai un dérailleur XT Side-Swing (tirage latéral) à collier que je n’arrive pas à vendre (franchement, qui achèterai un dérailleur avec un standard aussi rare…). Alors c’est parti pour un 2×11 en Shimano. De toute manière, partant d’un cadre à 2 kilos, je ne suis pas à 100g près. Prendre du neuf paraît exclu. J’opte pour de l’occasion, en neuf ou quasi neuf. En ce moment le mono a la côte. Beaucoup de gens revendent leurs pédaliers doubles, et shifters et cassettes, souvent démontés de vélos neufs pour monter pédalier mono et plus grosse cassette. J’en profite pour m’équiper. Je vise principalement du SLX, en application de mes observations sur les gammes Shimano, surtout pour la cassette qui possède un pignon de 40 en acier, plus résistant que l’alu de la cassette XT. Au final pour environ 200€, j’ai eu pédalier XT, cassette XT et chaîne XT en quasi neuf, shifters et dérailleurs en neuf.

J’avais déjà eu l’occasion à l’eurobike de tester les séries XT 8000 et SLX 7000 sur home trainer, et je n’avais pas été franchement convaincu de l’évolution par rapport aux séries précédentes en 10 vitesses. Mon opinion est aujourd’hui tout autre.

Premièrement les nouvelles séries bénéficient d’améliorations qui ne se remarquent qu’au montage. Par exemple les serrages de câbles sont plus travaillés et plus efficaces.

Ensuite pour ce qui est du dérailleur Side-Swing, alors que je pensais qu’il ne s’agissait que d’un nouveau standard pour créer de la nouveauté et faire vendre, le système est en réalité particulièrement efficace. Allié au nouveau pédalier XT, le changement de plateau s’effectue très facilement, et sans effort (c’est aussi grâce à une course de levier relativement importante).

Fan du mono-plateau depuis la sortie du premier XX1, et heureux utilisateur du GX, j’avais peur de regretter mon retour au double. Il est vrai que lorsque je suis passé au mono, j’ai apprécié que mon cerveau soit libéré de la lourde tâche de choisir le bon plateau. Par ailleurs en terme de réglage et de fiabilité, le mono apporte un réel plus. Ainsi lorsque Sram déclarait « RIP front derailleur » je répondais « Amen », mais je me rends compte aujourd’hui que j’ai probablement parlé trop vite. Le problème avec le mono, c’est que chaque changement important de dénivelé implique de descendre en cascade un nombre important de pignons. Par ailleurs l’étagement de la cassette reste problématique. Pour obtenir des écarts entre chaque pignon aussi faibles qu’une cassette alliée à un double plateau, il faut ajouter encore plus de pignons, ce qui rend le premier problème plus présent. Reste le problème de l’écart entre le plus petit et le plus grand ratio. Sur mon GX en 10-42, il me reste toujours une appréhension lorsque j’arrive face à un mur et que je ne suis pas en forme.. Par contre en descente sur un chemin bien propre, je ne dirai pas non à un pignon encore plus petit. Sur mon double en 26-38 avec une cassette en 11-40, je suis beaucoup plus à l’aise. Un changement de dénivelé et je change de plateau. J’ajuste ensuite plus précisément avec la cassette. Les plateaux se changent très rapidement et avec une facilité déconcertante, c’est ce qui change la donne…

Par conséquent, lorsque je pèse le pour et le contre, mon cœur balance. Le nouveau Sram Eagle en 12 vitesses,  cassette en 10-50, apporte une réponse aux problèmes soulevés sans pour autant les résoudre. De toute manière je ne suis pas prêt de remonter de VTT avant un moment, donc j’aurai le temps de mûrir ma réflexion, mais une chose est sûre : ne jetez pas vos doubles !

 

Les roues

Pour les roues, on m’a passé une jante AlexRims que j’ai converti en tubeless. J’ai acheté une jante Hope Tech XC à la finition incroyable. A la jonction à l’opposé du trou, on ne voit tout simplement aucune soudure… Plus le temps passe, plus j’aime leurs produits (mais je n’arrive toujours pas à me faire à leurs prix).

J’ai longtemps cherché pour les moyeux. Encore une fois je ne voulais pas trop dépenser, surtout pour des moyeux dont les axes ne sont plus standards et dont l’arrière ne recevrait même pas de disque. Pour autant, difficile de trouver sous les 100€ une paire de moyeux intéressantes. J’ai donc trouvé une paire de Koozer XM490 sur aliexpress. Cette marque ne vous dit rien ? C’est normale. Le site du fabricant est dur à trouver, et même une fois trouvé, on doute qu’ils aient eux-mêmes conscience de leur propre existence. Mais la promesse de 72 points d’engagements et le récit d’un internaute ayant détruit ces moyeux en utilisation DH a eu raison de ma logique de consommateur irresponsable. Je ferai un article sur ces moyeux prochainements.

Le tout est monté avec des rayons Sapim Race argent et têtes de rayons gris anthracite. Les nettoyages s’annoncent déjà laborieux. J’ai monté dessus des Michelin Wild Grip’R, modèles que je ne connaissais pas mais qui s’avèrent être une excellente surprise. J’ai eu un peu de mal à les monter, que ce soit à l’avant ou à l’arrière, mais le grip et le contrôle sont vraiment excellents. J’essaierai peut-être de les monter sur mon 29″…

 

Conclusion

Je vous passe les détails sur l’histoire de diverses autres composants pour en arriver au résultat final. Le vélo pèse finalement 10,9kg sans pédales, ce qui est plutôt léger. La position sera encore à retravailler, le cintre me paraît encore un peu loin (c’est un grand cadre). En danseuse, le vélo manque de rigidité, mais en même temps pour un vélo qui à l’origine était un hybride (c’est en fait un Larkspur, un vélo de voyage…). Mais par contre je retrouve toutes les sensations du 26″ qui me manque sur mon 29″. Le vélo est facile à placer, facile à manier et à pencher. Ça bouge énormément, on ressent toutes les irrégularités du terrain, et on a alors l’impression que tout va plus vite, preuve s’il en est que le 27.5″ est le parfait compromis ? Il complète parfaitement la collection en temps que vélo ludique pour bien s’amuser sur une sortie pas trop longue. Ce projet m’a permis de développer de nombreuses compétences que je pense réutiliser par la suite (la peinture notamment), et j’ai changé d’avais sur de nombreux points. Pour conclure je tiens à remercier obostickers et peinturevoiture.com pour leurs produits de qualités et leurs précieux conseils sans lesquels ce vélo n’aurait pas été ce qu’il est aujourd’hui. Sur ce, je retourne m’amuser !